La montée au maquis









Dernière mise à jour
le 17 juin 2007

> Sommaire des témoignages > La montée au maquis

Aux Chantiers de Jeunesse nous avons eu quelques propagandes vichyssoises faites par ces messieurs de la Légion des Anciens Combattants, mais ce n'étaient pas ces messieurs vantant les idées de Laval et du Maréchal qui changeaient nos idées de libérer le pays. Dans ma tête le choix était déjà fait. Mon père s'était sauvé d'Alsace à 15 ans. Né en 1870, le pays était occupé par les Prussiens et cette occupation a ruiné mes parents. Dès que nous avons été démobilisés des Chantiers, mon frère jumeau René et moi avons cherché quelque chose à faire pour résister. Un dimanche matin j'ai demandé à René d'aller jusqu'à Vabre chercher un refuge pour ne pas aller au S.T.O. Il trouva sur le quai de la gare du petit train les deux jumeaux Cèbe avec la même idée et, grâce au pasteur Cook de Vabre, ils trouvèrent la jasse de la Courrégé.

Huit jours plus tard, Guy de Rouville, Commissaire Départemental du scoutisme E.U. et le pasteur Cook, organisent à Renne une veillée de feu de camp, avec départ routier. Devant le feu, nous passâmes une nuit de veille avec ce message pour réfléchir : Dans un mois, tu seras peut-être fusillé. Nous avons aussi envisagé, en cas de départ en Allemagne, la possibilité d'aider nos camarades à garder un idéal chrétien et scout, et à saboter l'effort de guerre allemand. Nous avions 22 ans. Nous n'avons pas dormi, mais le lendemain matin, la fourche de routier-scout à la main nous avons pris le chemin de la jasse. Au début ce fut assez dur. Le 9 Mars 1943, il faisait encore froid, la jasse était en pierres sèches, sans fenêtres sauf trois meurtrières. [...] Nous avons pris contact avec les gens du hameau voisin. [...] Ils étaient charmants et nous nous sommes trouvés immédiatement en confiance et protection avec eux. Ils nous ont fournis lait, pommes de terre, oeufs. [...] On était sauvés !

Edgard Fuchs (Castres - Mazamet)

Si cela peut intéresser quelqu'un, je préfère dire pourquoi j'ai pris le maquis. Pas pour des prunes, pour des pommes. En octobre 1942, j'ai pris le Tortillard de Ferrières à Castres. Je suis descendu à l'Albinque. Je portais un petit sac de pommes à une parente de Castres. Un monsieur à casquette est sorti de la cahute et m'a dit : C'est interdit, confisquées Il y avait deux flics à côté. Je n'ai su qu'obtempérer. J'avais 18 ans, j'étais bien élevé.

Un quart d'heure après, je suis revenu vers la cahute et j'ai vu par la fenêtre le gabelou et les flics manger mes pommes. A la minute même, je suis entré en Résistance. Trois mois après à Toulouse, c'était effectif. Tout le reste a suivi.

Il y a toujours et partout des pommes confisquées et des gens méprisés. C'est pourquoi je ne suis pas un ancien combattant. Je suis un combattant.

Jean Cabrol

Mon frère Alain, réfractaire du S.T.O. avait passé l'hiver caché à Lacaune, quant à moi j'étais rentré de Toulouse en Juin, les concours ayant été annulés cette année-là. Et nous décidons tous deux de rejoindre le maquis. Donc, le 11 Juillet au matin, munis d'un solide casse-croûte et de la bénédiction fière et inquiète de nos parents, nous prenons le petit train de Lacaune à Castres et, après deux heures de voyage cahotant, nous descendons en gare de Vabre. Mais là, que faire ? Où s'adresser ? Où aller ? Et tout simplement nous avons demandé au premier venu, était-ce un employé de la gare ? Etait-ce un passant ? Je ne le sais plus : Pardon, Monsieur, pour le maquis, où faut-il s'adresser ? Et comme si nous lui avions demandé l'heure, aussi simplement, il nous a dit : Vous montez par là et à tel endroit vous trouverez le bureau du maquis, sinon vous allez voir chez Monsieur de Rouville. C'est ainsi que nous avons rejoint le maquis de Vabre et entamé ce qui fut pour nous une aventure de jeunesse riche et exaltante.

Michel et Alain de Naurois (Lacaune)

J'ai le souvenir d'un moment où j'ai bien ri, le jour même du débarquement en Normandie. Nous étions un petit nombre de Castrais qui avions décidé de venir au Maquis, mais il nous avait été demandé d'attendre le débarquement pour venir à la montagne. Le matin du 6 juin 1944 nous nous sommes donc retrouvés dans Castres et avons fait nos préparatifs pour partir à bicyclette en début d'après-midi. Pour éviter d'être trop remarqués, nous avons décidé de quitter Castres en vélo sans bagages; trois demoiselles dont une de mes soeurs sont parties en avant avec nos vêtements de rechange et nous ont attendu à la sortie de la ville. A la sortie de Castres, nous avons rejoint M. Lavit qui avait fait fonction de professeur de gymnastique au Collège Jean-Jaurès. Il était en vélo, lui aussi, et son porte-bagages s'ornait du matériel de peintre amateur (chevalet, boîte de couleurs...).

Nous avons poursuivi notre trajet jusqu'à la ferme du Verdier près de Lacrouzette; il y avait là un comité d'accueil qui nous a dit où nous devrons passer notre première nuit de Maquis. Au moment où nous allions partir, nous avons vu arriver Mr Lavit qui avait lui aussi rendez-vous au Verdier. La conversation se termina par un éclat de rire.

Jacques Rulland

Je suis venu en 1936 à Fouga, à Béziers. C'est une usine où on était 3000 ouviers à ce moment là. C'était important, une des mieux payées de France. Nous avons toujours combattu. Jusqu'en 1942, les actions que l'on faisait étaient des actions de sabotage, de wagons qui allaient en Allemagne où on mettait des potées d'émeri dans les boîtes à huile, on faisait sauter des clarinettes de wagons pour vider les wagons de vin qui s'en allaient en Allemagne, puis nous avons détruit les chenillettes, les autos, les cuisinières roulantes, les boulangeries. Il y avait de l'action, quoi. Les accords de la Russie avec l'Allemagne nous ont amenés à nous faire ramasser. Ils étaient déjà d'accord, même la gauche. La Russie avait fait cet accord, ça a été malheureux pour nous, les communistes. Mais nous, nous avions compris pourquoi elle le faisait. La Russie a fait ça pour gagner du temps, quoi, elle n'a pas fait ça pour nous taper dessus par la suite, du moins je l'ignore, je ne le crois pas, pas moi. Elle savait très bien, la Russie, qu'elle serait attaquée par les Allemands, nous le savions nous-mêmes.

Et voilà, d'où est sortie la Résistance, déjà en 1940, déjà. Et, comme Résistance, il n'y avait que nous à ce moment là. 40/41, il n'y avait que nos sections à nous et nous étions nombreux à ce moment-là. En 1942, on devait faire partir les jeunes apprentis que nous avions, en Allemagne. J'ai eu vent de cette histoire là par un copain qui était au service de la main-d'oeuvre, il m'a dit : Nous avons fait une action. J'en ai profité pour entrer dans le bureau et enlever les dossiers, je les ai tous brûlés. La grève a persisté. Sur le soir, le directeur de l'usine est venu me trouver, il m'a dit de reprendre le travail. J'ai dit : J'ai dit : Il m'a dit : et il est parti...

L'usine à débauché tout. Puis on nous a mené au commissariat, interrogatoire et tout un tas de trucs. Le lendemain on nous a mis à la maison d'arrêt, huit jours, je crois. De là ils nous ont évacués parce que les allemands envahissaient la zone libre, et on nous a envoyé au camp de concentration à St-Sulpice La Pointe.

Le camp d'internement de St-Sulpice est à l'extrêmité ouest du Tarn, les Maquis de Vabre à l'extrémité est. Le camp est au confluent de trois rivières : le Tarn, le Dadou et l'Agout. Il semble que l'évadé Marcel Guy qui avait une boussole est sorti du camp par l'est et, après avoir tatonné, a continué vers le levant en suivant à distance les rives du Dadou jusqu'au méridien de Paris, puis redescendu plein sud jusqu'à l'embranchement dit des 3 viaducs à l'entrée des gorges de Vabre, au confluent de l'Agout et du Gijou. Ce trajet peut permettre d'éviter les agglomérations ayant une brigade de gendarmerie.

J'ai essayé une fois de m'évader avec un camarade, malheureusement j'ai pas réussi. Alors ça a roulé comme ça jusqu'au jour où on a pris l'initiative de faire un tunnel et de foutre le camp. Nous avons creusé un trou de 4 mètres de profondeur; ça a duré un mois, un mois et demi peut-être en Juillet 1943. Je suis parti avec un nommé Carbonel qui était de Béziers aussi. Nous avons pris ce que nous avons pu. J'avais gardé deux jours le pain sans le manger, j'avais un bout de lard.

Quand nous sommes partis dans la campagne, j'ai suivi le vent. J'avais quand même des données. L'aviateur Doret, au camp, m'avait donné la marche à suivre pour aller au maquis. Mais il fallait quand même s'orienter. Vers les 6 heures du matin le temps est devenu brumeux, on n'a plus eu d'étoiles, on n'a plus eu rien. Malgré tout, la bande de l'horizon était toujours l'horizon et c'est vers là qu'on devait aller, et mon camarade me faisait aller au contraire... il me disait qu'il était habitué à la campagne, il me disait : je t'assure. Alors on a continué la route jusqu'à la borne, et nous étions qu'à 4 kms du camp et nous marchions depuis 4 heures du matin. Alors nous avons trouvé un tas d'arbustes, nous nous sommes fourrés dedans et on est resté là. On a mangé un bout de pain, la journée a été longue, on avait une soif terrible, à la nuit on est repartis.

Nous sommes arrivés au cours d'eau. J'ai dit : Je lui ai dit : Et lui était grognon, grognon, grognon. Nous nous sommes arrêtés, fatigués, pour manger un peu. on avait un bout de bougie, un briquet et une carte de calendrier, seulement on n'avait pas situé le Nord. N'importe comment la rivière nous emportait, j'avais une petite boussole qui donnait le Nord, mais moi sur la carte j'avais pas la direction. La rivière montait toujours. Nous sommes montés en s'accrochant aux arbres, ça montait à pic. Au bout, on s'est affalés, on a perdu conscience. Le soleil nous a réveillé. Nous avons fait dix mètres et nous sommes tombés sur la route qu'il fallait prendre. Nous avons suivi cette route, il fallait descendre les vallées, remonter, c'était dur. On a mangé un peu et puis on a continué. On a couché dans la brousse et le lendemain vers midi on a toujours persévéré. Lui avait pas le moral, c'est un type qui avait 50 ans à peu près.

Je lui ai dit : et nous arrivons à la bifurcation donc, indiquée par l'aviateur Doret. Je lui ai dit : Alors je lui ai dit : et lui a pas pu se raser, il avait une barbe comme ça, il ressemblait à un clochard, il était effrayant. Je lui ai dit : mais je lui ai dit : Alors il me dit : Alors moi je me rase, je me rase dans l'eau, je me regardais dans l'eau. Je me suis rasé aussi bien que j'ai pu et j'ai pris la route sans rien, comme ça et on arrivera bien. Il y avait 2 kms à faire. Je fais ces 2 kms, j'ai rencontré personne; et j'arrive à Vabre. A Vabre je m'adresse là, un gars me dit : Je vais là-bas, la femme me dit : alors moi je dis : Alors elle me regarde dans l'état que j'étais, elle me dit : et j'ai dit : Elle me fait entrer et elle me dit : Moi je dis : Elle me dit : Alors encore ça c'est déjà quelque chose. Elle me dit : J'avais l'estomac au fond des talons et je lui ai demandé à manger, j'avais un peu honte, mais... Alors elle me sort un plat de daube comme ça, qu'elle avait eu de reste du soir. Elle me dit : Tu penses ! je lui dis : Alors elle m'a donné des oeufs, elle m'a donné ça, elle m'a donné du pain et me voilà parti avec tout ça et je refais le chemin. Alors dans le chemin, l'autre avait pas eu la patience d'attendre, il s'était avancé. Alors tout d'un coup je l'entends siffler, tout de suite je me fous sur le bord du fossé. Alors il gueulait, il était monté sur un arbre. Alors moi je le cherchais en bas. De là-haut il me gueule : Je lui dit : On descend, on va au bord de la rivière, et on s'est empifrés tout ça, on a bouffé comme des cochons. Et alors je lui dit : On s'est planqué dans le fourré et on a attendu et vers les 2 heures... 3 heures moins le quart par là, nous sommes allés de nouveau là-bas et il était pas encore là. Elle me dit : J'avais porté le plat de nouveau et... Je lui dis : Elle nous a donné de nouveau à manger. Elle est sortie, et m'a fait voir : Evidemment vers les 3 heures un quart - 3 heures et demie, on a entendu une voiture, on s'est méfiés quand même. On regardait, on regardait, on a vu que c'était une voiture particulière et alors je me suis mis au milieu de la route. Je dis : Il me dit : Alors dans la bagnole il portait de la viande, Il avait pas de maquis encore, y en avait pas, mais il avait des juifs qu'il ravitaillait et on a bouffé la viande crue. Il m'a dit : Enfin on est arrivé là-haut et il nous a pas amenés au maquis... à cet endroit, il nous a amenés au restaurant, à un restaurant. Alors il est arrivé au restaurant et il a dit : Il lui a dit : il lui dit. Elle était dans la combine : Alors ça se disait de bouche à oreille. Les types qui mangeaient à côté nous refilaient d'autres plats, nous faisaient porter un plat. On mangeait comme des cochons. Seulement au bout de huit jours ou dix jours qu'elle nous a gardés, ça a été la Foire de St-Pierre. Alors à la Foire, la femme elle a pas voulu nous garder, elle a eu peur. Elle a dit : J'ai dit : Elle nous a donné à manger et nous sommes partis, mais pas loin. Nous sommes allés à 200 mètres à peu près; y avait un jardin, y avait des meules de paille, des grosses meules de paille. Alors on est restés là. Pendant deux jours on a mangé... on a ramassé des patates, on les a faites cuire dans une boîte de petits pois, on a mangé comme ça, comme on a pu, des fruits, des pommes. Y avait des pommes déjà... on mangeait ce qu'on pouvait. Alors le matin on a creusé cette meule de paille; et on couchait là-dedans. On se levait de bonne heure, on filait dans le bois et là, on ramassait les patates en partant. On a rien pris dans ces jardins là. On passait la main par dessous, on arrachait les patates, ça ne se voyait pas; et on les mangeait comme ça. On est restés deux jours comme ça. Et un matin quand nous nous sommes levés, - j'étais en train de me lacer les souliers, - il est arrivé une bonne femme, elle nous est tombée dessus et le copain était encore dans la paille. Elle me dit rien, elle passe, elle me dit bonjour. J'ai dit : et elle va au jardin, elle va cueillir des légumes. Et c'était la femme du Maire d'un patelin à côté, qui était en combine avec de Rouville. Alors je reviens, moi, je lui dis : Alors je lui explique, je lui ai dit : Elle m'a dit : Elle m'a dit : Elle m'a donné deux oeufs, elle croyait que j'étais seul, elle m'a donné des oeufs parce qu'elle avait la volaille là dans son jardin, alors elle m'a donné deux oeufs pour déjeuner, mais nous on a pas eu confiance. On est restés quand même et puis le lendemain je dis : Et je descend au village; et j'ai eu de la veine de descendre au village : la bonne femme du restaurant était devant la porte. Elle me voit. Elle me dit : et alors elle m'explique qu'un vieux garçon était venu, venait chaque année là, il avait laissé sa propriété, il venait que récolter et elle me dit : Alors je lui ai dit : Le type c'est un vieux garçon, grandard, il prenait une bonbonne de 5 litres pour l'après-midi, de vin ! C'était rigolo. Alors je vais chercher mon copain, tu parles. J'amène du pain, je vais chercher mon copain, "Eh on a trouvé la gâche, je lui ai dit : On est descendu tous les deux, alors on a attendu au restaurant et il est arrivé le type. Alors la femme, elle lui dit : Alors il est venu nous a touché la main. J'ai dit : Ca a gazé. Et puis on est partis à 1 heure, 1 heure et demie on est allé aux champs. Jamais c'était l'heure de commencer à travailler, avec sa gourde il était toujours en train de piter, - et nous on buvait que de l'eau; et on a rentré sa récolte avec lui. Ça a commencé; et puis alors ça c'est enchaîné d'un paysan à l'autre. Un autre paysan nous a vus descendre sur la route et alors ils ont parlé entre eux, il le lui a dit. Il a dit : C'était un vieux garçon, un malabar, un costaud et les autres paysans ont fait la même chose, ça s'est enchaîné et puis de Rouville est monté là-haut. Il s'est inquiété de nous, mais il savait qu'on mangeait, qu'on était à l'abri, il n'avait pas à s'inquiéter. Il croyait lui, mais comme la bonne femme nous avait vidés, et finalement,il est venu nous dénicher. Et il me dit : et je lui ai dit : Et voilà comment ça a commencé.

Marcel Guy (Béziers - récit recueilli par Mr J.P. Dispot)

> Sommaire des témoignages > La montée au maquis