Signes de piste avant le maquis









Dernière mise à jour
le 2 avril 2004

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Edgard et René Fuchs : Ils habitent dans le Tarn, pays de leur mère, leur père ayant quitté son Alsace natale après la défaite de 1870. Ils sont jumeaux. Ils ont une soeur ainée, Edith, dont le mari est prisonnier en Allemagne. La famille est d'une inépuisable hospitalité pour tous les demi-suspects étrangers, en particulier les artistes, qui vivotent depuis le début de la guerre, aux marges de l'assignation à résidence.

Portrait des jumeaux Fuchs dessiné par un artiste allemand fugitif : Il venait chez nous, passait quelques jours puis repartait [...] il fumait beaucoup la nuit [...] il a dessiné avec talent toute la famille [...]
Extrait d'une monographie familiale - 2000

En 1941, Edgard et René sont convoqués aux Chantiers de Jeunesse, service civique obligatoire institué par Vichy pour tous les jeunes de la zone libre qui n'ont pas fait de service militaire avant la défaite. Les jumeaux ne rechignent pas devant une vie rude et en plein air, et écrivent à leur famille avec une grande liberté d'expression :

Avril 1941 : Nos chefs sont jeunes et pleins de foi en l'avenir de la France [...] Ils sont persuadés qu'on va chasser les Fritz d'ici peu [...] en politique, nous ne savons absolument rien, mais tout le monde est pour l'Angleterre, et du même avis pour chasser les boches [...] on va couper du bois dans les montagnes abruptes, les bois sont plutôt des petits maquis de chênes verts [...].

A noter :

Juillet 1941 : Je préfèrerais vous parler de vive voix [...] on s'aperçoit qu'on a de grosses illusions sur les chantiers de jeunesse : les chefs ont le droit de porter deux galons [...] on doit les saluer [...] ils sont chefs et non plus jeune.

Septembre 1941 : Nous avons eu un culte avec le Pasteur Nicolas, il nous a donné des tas de nouvelles [...] En Alsace, les jeunes doivent faire partie de la Jeunesse Hitlérienne [...] Aucune liberté de pensée, c'est l'Inquisition en plein.

A noter :

Rentrés dans le Tarn, les jumeaux Fuchs travailleront dans une branche du réseau anglais Buckmaster qui sera malheureusement démantelée par une trahison. Ils monteront à Vabre en janvier 1943, avec leurs amis Jacques et Louis Cèbe, en même temps que le réfugié lorrain Marc Schoenenberger.

La jasse de la Courrégé, premier maquis d'attente du C.F.L. 10 de Vabre.La jasse a une belle porte, mais pas de fenêtre ! Les branches du gros chêne servent de tour de guêt.
Dessinée par Edith, la soeur des deux jumeaux Fuchs.

Le maquis de buis qui entoure la jasse fournit d'excellents bois à sculpter.

Louis Cèbe qui est du pays (sa famille habite le chateau de Ferrières et abritera en 1944 le S.R. départemental du D.M.R. 4) fabrique en buis d'indispensables louches et fourchettes. Son frère Jacques est photographe. C'est pourquoi il manque souvent sur les photos prises à la jasse en 1943.

Edgard se fait sculpteur d'objets miniaturisés :

Reproduction en miniature et en buis du violon de René Fuchs par son frère Edgard. Photo agrandie, prise un demi-siècle plus tard. Le buis c'est solide !

La tradition maquisarde affirme que les premiers lancers de grenades se sont faits avec des boules en buis, comme les boules de... pétanque !

St-Georges terrassant le dragon. Boucle de ceinturon sculptée en buis par Edgard Fuchs, scout et maquisard.

Saint-Georges est le patron symbolique du scoutisme, mouvement de jeunesse international fondé en 1911 par le général anglais Baden-Powell.

La fête de la Saint-Georges réunissait dès avant la guerre de 39-45 les chefs des différentes branches du scoutisme en France : Eclaireurs Unionistes (protestants), Eclaireurs Israélistes (juifs), Eclaireurs de France (neutres), et SCouts de France (catholiques).

Les premiers jeunes des maquis de Vabre sont tous des membres du scoutisme, et les jasses camouflées en lieux de camps scouts ravitaillés, protégés par la population voisine et surveillés par des gendarmes complices !

Les jumeaux Fuchs et Louis Cèbe sur le toit de la jasse de la Courrégé, février 1943.

Ils portent leur foulard d'Eclaireurs Unionistes qui leur permettait éventuellement de camoufler leur condition de réfractaires au S.T.O. en celle de campeurs scouts.

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