De Vabre à l'Arc de Triomphe...
1ère partie









Dernière mise à jour
le 2 avril 2004

> Sommaire des témoignages > De Vabre à l'Arc de Triomphe... (août 1944 - août 1945) - 1ère partie

[...] Mon propos n'est pas d'estimer la valeur future du groupement [du Sud-Ouest] en tant que force militaire. Bien sûr, les hommes sont en gros sans entraînement pour des opérations régulièrement organisées et, à l'heure actuelle, ils sont mal armés, mal habillés et équipés de manière insuffisante. Toutefois, ils sont enthousiastes et désireux de se battre, et si l'on peut s'organiser tout de suite pour les équiper et les entraîner, il sera possible d'en faire une force utile pour une campagne de printemps. [...]

Aux armes citoyens
Major Davies
Traduction OdR

Après tout est simple - si l'on peut dire...
est le passage qui termine les flashs-souvenirs d'Arsène Woisard,
réfugié lorrain, élève de terminale au collège de Castres, maquisard CFL 10.
Lettre originale avec PS à la main

[...]

Après tout est simple - si l'on peut dire...

Le Commandant quitte rapidement Castres avec son Corps Franc Bayard (ex Corps Franc de la Libération N° 10) qui deviendra le 12ème Dragons pour rejoindre la 1ère Armée. Là aussi quelques flashs souvenirs. Mais ils n'ont plus la douceur des nuits d'été des monts de Vabre. C'est la guerre - la vraie - dans le froid, la pluie avec des équipements inadaptés et insuffisants. Les effectifs s'amenuisent à mesure que vient le terrible hiver 1944-45 dans les Vosges avec les combats qui débutent au Mont de Vannes pour s'achever au col de la SCHLUCHT.

Dessin sur calque de Colibri

Devenu Régiment de reconnaissance de la 14ème DI c'est l'instruction blindée sur BRENN-CARRIER entrecoupée de garde au RHIN. Puis après perception de chars légers HORHKISS H40 (récupérés sur les allemands) la traversée du RHIN et la poursuite au travers de la Forêt Noire et le 8 mai le festival de tirs des mitrailleuses à balles traçantes au dessus du lac de Constance.

Dernier avatar nous percevons, enfin, du matériel moderne. D'origine anglaise il comporte des casques plats typiques de Tommies et des chars... mais ce sont des chars de commandement avec des canons factices en tôle !!!

Et pour finir :

Je quitte l'Armée en 1994, Général de Corps d'Armée, Inspecteur de l'Armée Blindée Cavalerie, titulaire de plusieurs décorations dont la Médaille d'Honneur en Or de la Bundeswehr !!!

PS. Sans vanité d'auteur, cet articulet peut être caviardé en tant que de besoin !

Arsène Woisard

Dès l'installation des unités de maquis de la zone A au quartier Fayolle de Castres le lendemain de la libération du Tarn, le Commandant Hugues était décidé à ouvrir un bureau de recrutement pour créer une unité militaire en mesure de rejoindre la 1ère Armée débarquée le 15 août en Provence sous le commandement du Général de Lattre de Tassigny. Plus de 200 de nos maquisards vont s'y inscrire...

Guy de Rouville / Pol Roux

Après la Libération, nous prenons une courte permission à Toulouse pour embrasser la famille, les amis et arroser notre victoire.


A Castres, où nous sommes affectés à la caserne Fayolle, dévorés par les punaises laissés par les allemands, nous préférons dormir sur les pavés de la cour.

Nous les trois Gauthier nous sommes un peu déboussolés, perdus dans ces nouvelles unités. Nous sommes affectés au 3ème Régiment de reconnaissance, chef d'escadrons Dunoyer de Segonzac.

Gaston qui est militaire de carrière est chargé du camion de ravitaillement.

Bernard et moi (Guy) nous n'avons pas fait de service militaire. Nous devenons cavaliers motocyclistes. Je touche une magnifique moto Terrot 500 cc avec side-car sur lequel nous installons un F.M.

6 septembre, départ par le train. D'autres partent avec des camions gazogène, c'est le début d'une nouvelle aventure.

Journal de marche de la famille Gauthier (Guy, Gaston, Bernard), tenu par Guy

Dessin sur calque de Colibri

Dans la cour de la caserne, nos camions repeints de gris fer, timbrés de l'étoile blanche des alliés, sont rangés comme à la parade. Braves vieux camions poussifs, vous nous avez rendu de fiers services ! Votre calvaire n'est pas terminé : vous allez connaître les routes défoncées des Vosges, la boue et le verglas. Plusieurs d'entre vous succomberont à la tâche.

Le 6 septembre au soir, le train qui nous emmenait vers le nord-est s'est ébranlé. Nous quittions donc la Tarn vers d'autres combats. Nous laissions ici beaucoup d'amis, des tombes, des souvenirs... Le Capitaine Combes, retenu par son devoir professionnel, n'a pas pu nous suivre et c'est avec émotion que nous nous sommes séparés de lui.

Jean Emile Hirsch (maquisard E.I.F.)

Ô combien sont délicieux les petits chemins d'alors que les ponts coupés, minés, nous obligent à prendre. Nos gros camions font des prodiges [...] Impression que notre colonne est honnête, propre et pleine d'allure. La fantaisie l'habite aussi...

Les nouvelles compagnies franches du Tarn
Jean-Pierre Rouchié Robinson, équipe d'Uriage
Dessins de Michel Mare

[...] 48 heures plein de vie. Je suis arrivé ici vendredi pour déjeuner avec Hugues. Reparti à moto à la rencontre colonne auto [...] Pendant ce temps, les deux trains étaient arrivés et hommes débarqués [...] Autun a été libéré hier par les troupes de Pommiès (Groupe de Toulouse aussi) et le 2ème Dragons d'Afrique débarqué.

Lettre de Guy de Rouville à sa femme Odile, La Palisse, dimanche 10 septembre 1944
Entête : F.F.I. Tarn - Groupe mobile R4 - Corps Franc du Sidobre Comme un roc - P.C. du Commandant

Dessin sur calque de Colibri

[...] Une mission m'a amené ici [à Autun] libéré depuis samedi [...]Hier matin deux grosses colonnes allemandes ont essayé de forcer le passage d'Autun, seule plaque tournante pour eux. Résultat : 2 redditions au Colonel de Metz (2ème Dragons portés d'Afrique du nord), 2500 prisonniers d'un côté, 1200 de l'autre, matériel très important. Notre colonne sur route doit arriver aujourd'hui enfin.

Lettre de Guy de Rouville à sa femme Odile, Autun, 12 septembre 1944
Entête : F.F.I. Tarn - Groupe mobile R4 - Corps Franc du Sidobre Comme un roc - P.C. du Commandant

15 septembre. Tout le corps franc s'est retrouvé et attend la visite du Général de Lattre. Il vient avec quelques généraux et les partisans que nous sommes se demandent s'ils vont être pris en considération.

Les grandes maneuvres
Jean-Emile Hirsch (maquisard E.I.F.)

Le premier contact entre de Lattre et les chefs F.F.I. ne fut pas particulièrement heureux. Celui-ci joua un peu au grand patron et les F.F.I. se retirèrent un peu désappointés. Ils considèrent avec justesse que leur contribution à la libération du Sud-Ouest [de la France] a été substantielle et acquise sans assistance d'armées régulières, tandis que les réguliers qui ont eu les oreilles rebattues d'histoires interminables et plutôt exagérées par tel ou tel maquisard, se mettent maintenant à sous-estimer le bon travail que les F.F.I. ont réellement accompli.

Aux armes citoyens
Major Davies
Traduction OdR

Dessin sur calque de Colibri

Les portes s'ouvrent, les grandes portes de la guerre. L'ennemi est arrêté à quelques kilomètres de Lure, dans les bois. Il nous arrête aussi. Pomoy, dernier village de paix.

Les nouvelles compagnies franches du Tarn
Jean-Pierre Rouchié Robinson, équipe d'Uriage

Lire aussi le témoignage de Guy de Rouville sur le 12ème Dragons.

Je suis arrivé à Clermont à 12h15 étant parti à 6h40, en auto. Rien à signaler sinon deux longues coupures et arrêts par les F.T.P. Je vais essayer de resquiller un peu de gazole et des pneus [...]

Lettre de Guy de Rouville à sa femme Odile, 22 septembre 1944
Entête : F.F.I. Tarn - Groupe mobile R4 - Corps Franc du Sidobre Comme un roc - P.C. du Commandant

Après les jours fastes de la Libération que nous avions vécus dans le Tarn, nous ne devions pas oublier que la guerre se poursuivait intensément dans les régions que nous abordions. Tel fut bien l'esprit dans lequel le commando que constituait au sein du 3ème Dragons mon ancienne section du maquis, prit alors la route sur ses gazogènes. Le trajet fut interrompu à plusieurs reprises pour nous permettre d'effectuer sur le bord de la Loire des reconnaissances et monter quelques embuscades. [...] J'ai noté, sur la route de Beaune à Dijon, des cantonnements royaux auprès des caves dont les propriétaires nous firent les honneurs avec générosité.

L'esprit de ma troupe n'en était pas moins fortement troublé et j'ai retrouvé dans mes notes les traces de l'amertume et de l'inquiétude que j'éprouvais alors : l'intégration des F.F.I. à l'armée supposait qu'individuellement ils confirment par écrit leur engagement. Ce fut une épreuve pour certains qui redoutèrent d'abandonner la liberté que la clandestinité leur avait fait acquérir et dont ils pouvaient croire qu'ils jouiraient éternellement. Etrange révélation des sentiments qui en avaient poussé un grand nombre vers le maquis.

Mémoires pour mes fils (extraits)
Jacques Desazars de Montgaillard (maquisard C.F.L. 10 Vabre)
Transmis à Pol Roux en 1994

[...] Le vieux Chef [Segonzac] est ravi de ma mission (à Paris) et m'a annoncé [...] que nous étions rattachés directement au Général du Vigié, Commandant de la 1ère D.B. Et nous partons (les troupes) en direction de Belfort. Mon vieux rêve d'être un des premiers à rentrer en Alsace va enfin se réaliser.

Lettre de Guy de Rouville à sa femme Odile, 25 septembre 1944
Entête : F.F.I. Tarn - Groupe mobile R4 - Corps Franc du Sidobre Comme un roc - P.C. du Commandant

[...] Les 3 commandos ont été engagés 48 heures sans arrêt. Aucune perte chez nous Montagne. Nous sommes à 2 km des boches encore dans les bois [...] moral formidable [...] Il fait un temps épouvantable, il pleut 20 heures sur 24, il y a 20 cm de boue partout. Les hommes des commandos sont maintenant au repos, il était temps. Ceux d'Audibert et Gastines sont à 30 kms en arrière. Notre adresse pour tous : Corps Franc de Segonzac, Groupement Schneider, Armée française de Dijon-gare, en indiquant que c'est en attente d'un secteur postal. Dis à Combes [Capitaine Campagne] de le mettre dans la presse.

Lettre de Guy de Rouville à sa femme Odile, jeudi 28 septembre 1944
Sur carte postale

Nous sommes au contact du boche et la canon tonne régulièrement [...] Au P.C. d'Armée il y a le Capitaine Jean-Brice de Bary, ex-condamné à mort. Je pense avoir organisé en partie le service de la poste [...] Fais le mettre dans les journaux de Toulouse et du Tarn. Téléphone à Bobine [de Segonzac]. Les commandos sont bien reposés et prêts à remettre ça ! Cook [le pasteur] est en grande forme, il a même piqué une bagnole pour lui !

Lettre de Guy de Rouville à sa femme Odile, soir du jeudi 28 septembre 194
Sur carte postale, lettre fermée

Dernière page signée d'une lettre de Pierre Dunoyer de Segonzac à un général

Lettre manuscrite de protestation du Cdt de Segonzac sur la manière dont on traite son unité de volontaires F.F.I. du Tarn depuis qu'elle a rejoint l'armée régulière. 4 pages (ici la dernière page avec signature). A noter : il s'agit d'une photocopie ancienne de qualité médiocre, marquée E2, qui se trouve dans les archives du maquis de Vabre sans autre indication d'origine. Le contexte permet de dater l'original du 5 Octobre 1944 soit une huitaine de jours après la rencontre nocturne du chef du Corps Franc Bayard avec le Général de Lattre, mais la lettre qui commence par mon général ne porte pas de nom ni d'adresse du destinataire. Le ton de la lettre est à la limite de ce qui est autorisé envers un supérieur hiérarchique :

[...] Le Tarn s'est libéré lui-même. [...] Agissant en indépendant pour faire la guerre, j'ai conservé le grade que j'avais dans l'armée d'active et je n'ai reçu aucune distinction d'aucune sorte.

J'estime donc avoir le droit d'exprimer mon opinion avec vigueur. Il y a deux mois, pris par les allemands, j'aurais été immanquablement fusillé si je ne m'étais échappé. Il m'importe peu d'être orthodoxe à l'heure actuelle.

Mes hommes sont venus du Tarn, honnêtement, en volontaires, pour achever la libération de leur pays et pour ensuite y établir un ordre satisfaisant. J'avais fait cependant remarquer au Commandant de l'Armée régulière dès le premier contact qu'on ne pouvait utiliser de jeunes garçons physiquement fatigués, dénués de l'essentiel, sans les équiper, les armer, prévoir leur instruction et leur organisation sur le type normal. [...]

La protestation du Cdt de Segonzac porte sur les promesses non tenues de relève et de ravitaillement pour ses malheureux gamins qui se battent en première ligne, sans trêve et sans repos dans les bois et sous une pluie battante. Mais il demande aussi qu'on le rattache enfin à une division bien définie de l'armée régulière et que cesse le mépris vis à vis d'une troupe qui demande à ne pas être considérée comme un élément de 3ème zone pour pouvoir retrouver l'atmosphère d'enthousiasme, de confiance et de renouveau qu'elle espérait si ardemment rencontrer.

Dessin de Michel Mare, des nouvelles compagnies franches du Tarn,
représentant le Cdt Hugues sautant par-dessus un mur à Vabre pour échapper
aux allemands après l'attaque sur Virgule.

[...] Mais l'ordre de mouvement arrive et dans la nuit du 24 septembre les Commandos repartent en gazogène jusqu'au environs de Lure.

Automne 1944, La Vacheresse (Haute-Saône)
Section de Jean de Naurois, maquisard C.F.L. 10
Prière dans les feuilles mortes
A noter : tous sont encore en tenue maquis; au fond bérêt basque montagnard et casque 1939

Au petit matin sous la pluie ils s'élancent aux côtés du 1er Zouave à l'assaut des Bois du Mont de Vannes, crètes boisés qui défendent les avancées de Belfort.

Ce fut pour chacune de ces unités le baptème du feu. Baptème particulièrement sanglant, pour les indigènes d'Afrique que cette guerre de sous bois désemparait totalement.

Le Service de Santé connut peu de répit. Il se dépensa sans compter. Du côté des Commandos, le Médecin Lieutenant Nahas secondé par le Docteur Ambroise, venu des maquis du Tarn donnait un un coup de main aux brancardiers des Zouaves. A trois reprises il alla relever les blessés à quelques mètres des mitrailleuses allemandes (voir citation).

Première neige au P.C. de Parigout (Vosges)
A gauche : Dunoyer de Segonzac, battle-dress léger américain
Au centre : Gabriel Nahas, veste maquis, culotte de cheval et chaussettes autrefois blanches
A droite : Le Père de Morand, moine d'En-Calcat, soutane courte,
ceinturée d'un appareil photo et d'un autel portable, casque d'origine indéterminée
Photo Henri Raketamanga, maquisard C.F.L. 10

Il avait une tenue très pittoresque : des culottes de cheval et des chaussettes blanches qui devinrent rapidement noires; en bandoulière une musette à masque à gaz remplie de pansements et lui couvrant la tête et les épaules une toie cirée fixée sous le menton à l'aide d'une pince de Kocher.

Docteur Gabriel Nahas,
alias Georges, alias Gaby,
dessin de Colibri

Jean-Louis Levy, dessin de Colibri

Docteur Jean-Louis Levy,
alias Ambroise,
dessin de Colibri

[...] Georges [Schlumberger, frère d'Odile] a été tué d'une balle explosive en pleine poitrine le 4 octobre, près de Servance [...] Il a été enterré par le Pasteur Meyer de Marseille, pasteur de la Division [...]

Lettre de Guy de Rouville à sa femme Odile, lundi 9 octobre 1944
Entête : F.F.I. - P.C. du Commandant

La suite... (2ème partie)

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